Adolphe et Clara

Adolphe et Clara, ou les Deux prisonniers

Avec plus de cinq-cents représentations en moins de trente ans, Adolphe et Clara, ou les Deux prisonniers est parmi les succès les plus importants de l’Opéra-Comique du début du XIXe siècle. Cette comédie de mœurs hautement morale, jouant avec le goût de l’époque pour les romans noirs, présente une structure musicale très simple : un rondeau pour chacun des héros, une romance pour Clara, deux duos, un trio et deux ensembles. L’évolution psychologique d’Adolphe et Clara et la dramaturgie de l’œuvre permettent aux interprètes de déployer tout leur registre expressif en passant de la peur à la coquetterie, à la tendresse amoureuse.

Bien que ses œuvres ne soient plus guère jouées et qu’il soit, aujourd’hui encore, inconnu du grand public, Nicolas-Marie Dalayrac est, d’un point de vue statistique, le compositeur le plus populaire de la fin de l’Ancien Régime au début de la Restauration. Il est à la fois le compositeur le plus joué de cette période et celui dont le nombre d’opéras-comiques restés au répertoire de cette institution au début du XIXe siècle est le plus élevé. Par exemple, entre 1797 et 1801, ses œuvres sont représentées pas moins de 877 fois tandis que, dans le même temps, celles de Grétry – le Mozart français – ne sont représentées « que » 260 fois.
Dalayrac est parvenu, en l’espace d’un quart de siècle, à s’adapter à toutes les modes. Ainsi, à la fin de l’Ancien Régime et au début de la Révolution, il compose des œuvres teintées pathétismes, comme Nina, ou la Folle par amour (1786), ou franchement dramatiques comme Camille, ou le Souterrain (1791) où les cachots et les souterrains obscurs font trembler le public révolutionnaire. Pourtant, si l’on considère l’ensemble de sa production lyrique, on s’aperçoit que Dalayrac incarne une certaine persistance du comique dans une période marquée par la dramatisation des sujets d’opéra-comique. C’est le cas d’Adolphe et Clara, ou les Deux prisonniers (1799).

D’un point de vue musical, Nicolas Marie Dalayrac (1753-1809) témoigne d’une remarquable inventivité. Il parvient a conserver les lignes vocales souples et caressantes héritées de Grétry – le Mozart français – tout en assimilant les expérimentations harmoniques et dramatiques apparues dans les œuvres lyriques de Cherubini, Méhul, Lesueur ou Berton durant les premières années de la Révolution. En conséquences, l’esthétique de ce petit acte est comprise entre le classicisme charmant des œuvres de Grétry et le romantisme naissant de Boieldieu ou Auber. Ainsi, avec cette recréation, c’est tout un répertoire qui revit sous nos yeux, loin des stéréotypes inspirés par les visions politiques ou téléologiques de l’histoire lyrique française.

Maxime Margollé